- Une convocation par officier de police judiciaire (COPJ) est un acte obligatoire : vous devez vous y présenter sous peine de sanction
- Vous disposez du droit au silence et du droit à l'assistance d'un avocat dès la convocation
- Vous n'êtes pas légalement obligé d'informer votre employeur de la convocation
- Votre statut lors de l'audition (témoin, mis en cause ou suspect) détermine l'étendue de vos droits
- Consulter un avocat pénaliste avant l'audition est fortement recommandé, quelle que soit votre situation
Vous venez de recevoir un courrier officiel vous convoquant auprès de la police ou de la gendarmerie. Le document mentionne une « convocation par officier de police judiciaire » — et vous ne savez pas exactement ce que cela signifie, ni quoi faire. Suis-je suspect ? Suis-je obligé d'y aller ? Ai-je besoin d'un avocat ?
Cette réaction est normale. Une convocation police judiciaire plonge souvent les personnes qui la reçoivent dans un état d'inquiétude immédiate, même lorsqu'elles n'ont rien à se reprocher. Ce guide a pour objectif de vous expliquer clairement ce qu'est une COPJ, ce qu'elle implique juridiquement, et comment vous y préparer sereinement.
Qu'est-ce qu'une convocation par officier de police judiciaire (COPJ) ?
La convocation par officier de police judiciaire, communément désignée par l'acronyme COPJ, est un acte de procédure pénale par lequel un officier de police judiciaire (OPJ) — c'est-à-dire un policier ou gendarme habilité — vous invite à vous présenter dans ses locaux pour être entendu dans le cadre d'une enquête pénale.
Elle est encadrée par l'article 390-1 du Code de procédure pénale, qui précise que la convocation doit mentionner :
- Le fait reproché ou la raison de l'audition
- Le texte de loi applicable
- Le lieu, la date et l'heure de la convocation
- Vos droits, notamment le droit à l'assistance d'un avocat
La COPJ peut être émise dans le cadre d'une enquête préliminaire (à l'initiative du procureur de la République) ou d'une information judiciaire (à l'initiative d'un juge d'instruction). Elle concerne aussi bien les personnes mises en cause que les témoins.
La COPJ n'est pas une mise en examen, ni une inculpation. Recevoir une convocation ne signifie pas que vous serez poursuivi ou condamné. Cela signifie uniquement que votre audition est jugée nécessaire dans le cadre d'une enquête.
COPJ, CPPV, audition libre, garde à vue : quelles différences ?
Ces quatre notions sont souvent confondues. Voici leurs principales distinctions :
La COPJ (Convocation par Officier de Police Judiciaire) — article 390-1 CPP — est adressée à une personne mise en cause ou à un témoin dans le cadre d'une enquête. Elle ouvre droit à l'assistance d'un avocat et à l'information complète sur les faits reprochés.
La CPPV (Convocation par Procès-Verbal) — article 394 du CPP — est remise directement à la personne à l'issue d'une garde à vue, pour la convoquer devant le tribunal correctionnel. Le délai entre la CPPV et l'audience ne peut excéder six mois après la fin de la garde à vue.
L'audition libre — article 61-1 CPP — est une convocation à laquelle vous pouvez en principe vous soustraire. Elle concerne des personnes entendues sans contrainte, qui peuvent quitter les locaux à tout moment. Attention toutefois : ce statut peut évoluer au cours de l'audition.
La garde à vue — articles 62 à 63 CPP — est une mesure de contrainte physique. Vous êtes retenu dans les locaux de police ou de gendarmerie pour une durée maximale de 24 heures, renouvelable une fois (48 heures en droit commun).
Êtes-vous obligé de vous présenter à une convocation police judiciaire ?
Oui, la COPJ est obligatoire. Contrairement à une idée reçue, vous ne pouvez pas refuser de vous y rendre. Comme le confirme service-public.fr : « Si vous recevez une convocation par la police ou la gendarmerie, vous devez vous y rendre obligatoirement. »
En cas de non-présentation sans motif légitime, l'officier de police judiciaire peut solliciter du procureur de la République l'autorisation de vous faire amener de force par la force publique. Vous vous exposez également à des poursuites pour non-comparution, ce qui peut aggraver votre situation.
Peut-on demander un report ?
Oui, dans certaines conditions. Un report peut être accordé si vous justifiez d'un motif médical sérieux (certificat médical à l'appui) ou d'un empêchement professionnel grave et imprévisible (déplacement à l'étranger, par exemple). La demande doit être adressée par écrit au parquet, idéalement 48 heures avant la date prévue, avec les justificatifs correspondants. Il est fortement conseillé de faire effectuer cette démarche par un avocat.
Quel est votre statut lors de la convocation ?
C'est l'une des premières questions à clarifier, car votre statut détermine directement l'étendue de vos droits.
Témoin
Si vous êtes convoqué en qualité de témoin, vous êtes entendu pour apporter des informations sur des faits dont vous auriez connaissance. Vous n'êtes pas mis en cause. Conformément à l'article 62 du Code de procédure pénale, les témoins sont tenus de comparaître et de déposer, mais bénéficient du droit de ne pas s'auto-incriminer. Vous pouvez être assisté d'un avocat, même en qualité de témoin.
Mis en cause (ou suspect)
Si vous êtes convoqué en qualité de personne mise en cause, vous êtes susceptible d'être poursuivi pour les faits qui font l'objet de l'enquête. Vous bénéficiez alors de droits renforcés : droit au silence, droit à l'avocat dès le début de l'audition, droit d'être informé des faits reprochés.
Si vous ignorez votre statut au moment de recevoir la convocation, un avocat peut contacter le parquet ou le service d'enquête pour obtenir cette information avant votre audition. C'est l'une des premières démarches à effectuer.
Vos droits lors d'une convocation par la police judiciaire
Que vous soyez témoin ou mis en cause, vous disposez de droits fondamentaux qu'il est essentiel de connaître.
Le droit au silence
Vous avez le droit de ne pas répondre aux questions posées par les enquêteurs. Ce droit, garanti par la loi du 14 avril 2011 (transposant une directive européenne), est absolu : vous ne pouvez pas être contraint de vous incriminer. Il est conseillé d'exercer ce droit avec discernement, en accord avec votre avocat.
Le droit à l'assistance d'un avocat
Vous pouvez être assisté par un avocat lors de votre audition en qualité de mis en cause. L'avocat peut prendre connaissance du dossier, vous conseiller sur l'opportunité de répondre ou non aux questions, et s'assurer que la procédure est régulière.
Le droit d'être informé des faits reprochés
Avant toute audition en qualité de mis en cause, vous devez être informé de la nature des faits qui vous sont reprochés et du texte de loi applicable. Si cette information n'est pas mentionnée dans la convocation, votre avocat peut en demander la communication.
Le droit à l'interprète
Si vous ne maîtrisez pas suffisamment la langue française, vous avez droit à l'assistance d'un interprète, sans frais pour vous.
Convocation police judiciaire et vie professionnelle : ce que dit la loi
C'est un angle rarement abordé, pourtant crucial pour de nombreuses personnes convoquées.
Êtes-vous obligé d'informer votre employeur ?
Non. Il n'existe aucune obligation légale de prévenir votre employeur que vous avez reçu une COPJ ou que vous devez vous absenter pour une audition. Votre vie judiciaire relève de votre sphère privée.
En pratique, si l'audition a lieu pendant vos heures de travail, vous devrez justifier votre absence. Un justificatif de convocation (sans en préciser la nature pénale si vous ne le souhaitez pas) peut suffire à légitimer l'absence auprès de votre employeur.
Pouvez-vous être licencié pour une convocation police judiciaire ?
Un employeur ne peut pas légalement vous licencier au seul motif que vous avez été convoqué par la police judiciaire. Une simple convocation — qui ne préjuge ni d'une mise en examen, ni d'une condamnation — ne constitue pas une faute professionnelle. En cas de licenciement discriminatoire lié à une procédure pénale, vous disposez d'un recours devant le conseil des prud'hommes.
Fonctionnaires : règles spécifiques
Les fonctionnaires sont soumis à des règles particulières. Si la procédure pénale est directement liée à l'exercice de vos fonctions, vous pouvez être tenu d'en informer votre hiérarchie en application de l'article 40 du Code de procédure pénale. En cas de condamnation, des sanctions disciplinaires peuvent s'ajouter aux sanctions pénales (mutation, suspension, révocation). Il est impératif de consulter un avocat pénaliste dans cette hypothèse.
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Comment se préparer à une convocation par la police judiciaire ?
Une bonne préparation est déterminante. Voici les étapes essentielles.
Checklist : 10 étapes avant votre audition
- Lire attentivement la convocation — notez la date, l'heure, le lieu, et les faits mentionnés
- Identifier votre statut — témoin ou mis en cause ?
- Consulter un avocat pénaliste — idéalement dès réception de la convocation
- Ne pas contacter les autres parties — ni les plaignants, ni les témoins, ni les co-mis en cause
- Rassembler les documents pertinents selon le type d'infraction (voir ci-dessous)
- Ne pas publier sur les réseaux sociaux concernant les faits en question
- Préparer vos déclarations avec votre avocat — décider ensemble ce que vous direz ou non
- Arriver à l'heure — une absence ou un retard non justifié peut être interprété défavorablement
- Rester calme et courtois lors de l'audition, quelle que soit la pression ressentie
- Ne signer aucun document sans l'avoir lu intégralement, et sans l'accord de votre avocat
Documents à rassembler selon l'infraction
| Type d'infraction | Documents à préparer |
|---|---|
| Accident de la route | Constat amiable, PV de police, attestation d'assurance, photos |
| Fraude ou litige financier | Relevés bancaires, contrats, factures, déclarations fiscales |
| Harcèlement professionnel | Emails, SMS, témoignages écrits, arrêts maladie |
| Violences | Certificats médicaux, photos de blessures, témoignages |
Formulations pratiques à utiliser lors de l'audition
L'un des aspects les moins documentés dans les ressources disponibles concerne ce que vous pouvez concrètement dire — ou ne pas dire — lors de votre audition.
Exercer votre droit au silence
« Je souhaite exercer mon droit au silence. Je ne ferai aucune déclaration sans la présence de mon avocat. »
Cette formulation, recommandée par le Conseil National des Barreaux, est parfaitement légale. Elle ne peut pas vous être reprochée et ne constitue pas un aveu.
Demander l'assistance d'un avocat
« Je demande à être assisté par un avocat avant de répondre à toute question. »
Vous pouvez faire cette demande à tout moment, y compris au début de l'audition. L'enquêteur est tenu d'en prendre acte.
Refuser de signer un document
« Je ne signerai aucun document sans avoir eu le temps de le lire attentivement et sans l'accord de mon avocat. »
Ne signez jamais un procès-verbal d'audition à la hâte. Vous avez le droit de le relire, d'y faire apporter des corrections, et d'y adjoindre vos propres observations.
Exercer son droit au silence ne signifie pas être de mauvaise foi. C'est un droit fondamental, prévu par la loi, qui protège toute personne — coupable ou innocente — contre les déclarations faites sous pression ou sans conseil juridique.
Déroulement de l'audition : à quoi s'attendre ?
Durée
Une audition dans le cadre d'une COPJ dure en général entre 30 minutes et 3 heures, selon la complexité des faits et le nombre de questions posées. Il n'existe pas de durée légale maximale pour une audition libre ou une COPJ (contrairement à la garde à vue). Si vous estimez que la durée devient excessive, votre avocat peut intervenir.
Déroulement type
- Vérification de votre identité
- Notification de vos droits (silence, avocat, interprète)
- Questions de l'officier de police judiciaire
- Possibilité pour votre avocat de formuler des observations en fin d'audition
- Lecture et signature du procès-verbal
Après l'audition : quelles suites possibles ?
À l'issue de votre audition, plusieurs scénarios sont envisageables :
- Classement sans suite : le parquet décide de ne pas poursuivre
- Convocation devant le tribunal : via une COPJ de renvoi correctionnel ou une CPPV
- Ouverture d'une information judiciaire : un juge d'instruction est saisi
- Proposition de composition pénale ou de CRPC : alternative aux poursuites classiques
Situations courantes menant à une COPJ
Selon les données statistiques du Ministère de la Justice, les types d'infractions les plus fréquemment à l'origine d'une convocation police judiciaire sont notamment les accidents de la route, les violences (dont les violences conjugales), les fraudes financières et le harcèlement — ce dernier étant en nette progression ces dernières années.
Accident de la route
Si vous êtes convoqué à la suite d'un accident, vous pouvez être entendu comme auteur présumé d'une infraction routière (blessures involontaires, conduite sous l'emprise de l'alcool, délit de fuite). Rassemblez tous les documents liés à l'accident et consultez votre assureur.
Harcèlement professionnel ou moral
La convocation peut faire suite à une plainte d'un collègue ou d'un subordonné. Les échanges écrits (emails, messages) constituent souvent les principales pièces du dossier. Ne détruisez aucun document.
Fraude ou litige financier
Abus de biens sociaux, escroquerie, travail dissimulé : ces infractions nécessitent une défense préparée en amont avec un avocat spécialisé en droit pénal des affaires. Les dossiers sont souvent volumineux et techniques.
Violences présumées
Dans les affaires de violences, la convocation intervient souvent à la suite d'un dépôt de plainte. Il est impératif de ne pas prendre contact avec la victime présumée avant, pendant ou après l'audition.
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FAQ — Questions fréquentes sur la convocation police judiciaire
Peut-on refuser une convocation de police judiciaire ?
Non. Comme l'indique service-public.fr, la COPJ est obligatoire. En cas de non-présentation sans motif légitime, vous vous exposez à être amené de force par la police et à des poursuites pour non-comparution.
Dois-je prévenir mon employeur si je suis convoqué par la police ?
Non, aucune obligation légale ne vous y contraint. Votre vie judiciaire relève de votre sphère privée. Si l'audition a lieu pendant vos heures de travail, un justificatif de convocation peut suffire à légitimer votre absence, sans en préciser la nature pénale.
Comment savoir si je suis témoin ou suspect ?
Le statut est normalement indiqué dans la convocation ou peut être précisé par le service convocateur. En cas de doute, un avocat peut contacter le parquet pour obtenir cette information avant votre audition. Votre statut peut également évoluer au cours de l'audition.
Que dire lors d'une convocation policière ?
Vous pouvez exercer votre droit au silence et demander l'assistance d'un avocat avant de répondre à toute question. Il est fortement recommandé de ne faire aucune déclaration spontanée et de préparer votre audition avec un avocat pénaliste.
Combien de temps dure une audition par la police ?
La durée varie selon la complexité du dossier, généralement entre 30 minutes et 3 heures. Contrairement à la garde à vue, il n'existe pas de durée légale maximale pour une audition dans le cadre d'une COPJ. Si vous êtes assisté d'un avocat, celui-ci peut intervenir si la durée devient disproportionnée.
Puis-je être licencié pour une convocation police judiciaire ?
Un licenciement fondé uniquement sur la réception d'une COPJ serait abusif. Une convocation ne préjuge ni d'une mise en examen ni d'une condamnation. En cas de licenciement lié à une procédure pénale, vous disposez d'un recours devant le conseil des prud'hommes.
Quelle est la différence entre une COPJ et une garde à vue ?
La COPJ est une convocation : vous êtes libre de vous déplacer et de rentrer chez vous après l'audition. La garde à vue est une mesure de contrainte physique : vous êtes retenu dans les locaux de police ou de gendarmerie pour une durée maximale de 24 à 48 heures. Les droits associés diffèrent également.
Ai-je besoin d'un avocat pour une convocation police judiciaire ?
Rien ne vous y oblige légalement, mais c'est fortement recommandé. Un avocat pénaliste peut identifier votre statut exact, préparer votre audition, vous assister sur place, et anticiper les suites de la procédure. Une audition sans préparation peut avoir des conséquences durables sur votre dossier.