Garde à vue ou audition libre : quelles différences et quel rôle pour l'avocat ?
Garde à vue ou audition libre : découvrez les différences entre ces deux mesures, vos droits dans chaque cas, et pourquoi l'avocat reste indispensable.
Garde à vue ou audition libre : découvrez les différences entre ces deux mesures, vos droits dans chaque cas, et pourquoi l'avocat reste indispensable.

Vous êtes convoqué au commissariat et vous ignorez si vous serez placé en garde à vue ou simplement entendu en audition libre. Ces deux situations, bien que toutes deux liées à une enquête pénale, obéissent à des règles distinctes et n'impliquent pas les mêmes contraintes. Comprendre leurs différences permet de mieux appréhender vos droits et de savoir quand l'assistance d'un avocat devient indispensable. Cet article vous explique ce qui distingue ces deux mesures et comment vous protéger dans chaque cas.
Réponse rapide : La garde à vue est une mesure de contrainte qui vous prive de liberté pendant 24 à 48 heures minimum, tandis que l'audition libre vous permet de quitter les locaux à tout moment. Dans les deux cas, vous avez le droit d'être assisté par un avocat et de garder le silence. Ne renoncez jamais à ces droits fondamentaux.
La liberté de partir fait toute la différence — En audition libre, vous pouvez quitter le commissariat quand vous le souhaitez. En garde à vue, vous êtes retenu contre votre volonté.
L'avocat intervient dans les deux cas — Depuis 2014, l'audition libre ouvre droit à l'assistance d'un avocat, comme la garde à vue.
Le droit au silence s'applique identiquement — Que vous soyez gardé à vue ou entendu librement, vous pouvez refuser de répondre aux questions.
L'audition libre peut basculer en garde à vue — Si les enquêteurs estiment que la contrainte devient nécessaire, votre statut peut changer en cours d'audition.
L'audition libre permet aux enquêteurs d'entendre une personne soupçonnée d'avoir commis une infraction sans la priver de sa liberté. Cette procédure, créée par la loi du 27 mai 2014, offre une alternative moins coercitive à la garde à vue.
Concrètement, vous êtes convoqué au commissariat ou à la gendarmerie, généralement par téléphone ou par courrier. Vous vous y rendez de votre propre chef et pouvez en repartir à tout moment. Aucune cellule, aucune rétention : vous restez libre de vos mouvements pendant toute la durée de l'audition.
Cette liberté apparente ne doit cependant pas vous tromper. L'audition libre concerne des personnes à l'encontre desquelles il existe des raisons plausibles de soupçonner qu'elles ont commis ou tenté de commettre une infraction. Vous n'êtes pas entendu comme simple témoin, mais bien comme suspect potentiel.
Les déclarations que vous faites en audition libre sont consignées dans un procès-verbal qui rejoint le dossier pénal. Elles ont exactement la même valeur probatoire que celles recueillies en garde à vue et pourront être utilisées contre vous devant un tribunal.
Ce que dit la loi : L'article 61-1 du Code de procédure pénale encadre l'audition libre. Il prévoit que la personne entendue est informée de la nature et de la date de l'infraction qu'elle est soupçonnée d'avoir commise, de son droit de quitter les locaux à tout moment, et de son droit d'être assistée par un avocat.
La garde à vue constitue une mesure de contrainte qui permet de retenir une personne dans les locaux de police ou de gendarmerie pendant une durée limitée. Contrairement à l'audition libre, vous ne pouvez pas partir : vous êtes maintenu contre votre volonté.
Cette privation de liberté ne peut être décidée que si elle répond à certains objectifs définis par la loi : permettre l'exécution des investigations impliquant la présence de la personne, garantir sa présentation devant le procureur, empêcher la destruction de preuves, empêcher les pressions sur les témoins ou les victimes, ou empêcher la concertation avec d'éventuels complices.
La garde à vue dure initialement 24 heures et peut être prolongée dans les conditions prévues par la loi. Pendant cette période, vous êtes placé dans une cellule entre les auditions. Vos effets personnels vous sont retirés et vos communications avec l'extérieur sont strictement limitées.
La différence fondamentale avec l'audition libre réside donc dans cette privation de liberté. En garde à vue, vous subissez la procédure. En audition libre, vous y participez tout en conservant la possibilité d'y mettre fin.
Que vous soyez en garde à vue ou en audition libre, vous avez le droit d'être assisté par un avocat. Ce droit, longtemps réservé à la seule garde à vue, a été étendu à l'audition libre par la réforme de 2014.
En garde à vue, l'avocat peut s'entretenir confidentiellement avec vous pendant 30 minutes avant la première audition, puis au début de chaque prolongation. Il assiste ensuite à tous les interrogatoires et peut poser des questions à leur issue.
En audition libre, le dispositif est similaire mais plus souple. Vous pouvez demander à être assisté par un avocat qui sera présent pendant votre audition. Si vous n'avez pas d'avocat, un avocat commis d'office peut vous être désigné gratuitement.
Dans les deux cas, l'avocat joue un rôle de conseil et de protection. Il vous guide sur les réponses à apporter, vous rappelle vos droits et veille au respect de la procédure. Sa présence rééquilibre le rapport de force face aux enquêteurs.
Le droit de se taire s'applique identiquement en garde à vue et en audition libre. Vous pouvez refuser de répondre aux questions des enquêteurs sans que ce silence puisse être retenu contre vous.
Ce droit fondamental est notifié au début de chaque audition. Les enquêteurs doivent vous informer que vous pouvez répondre aux questions, faire des déclarations spontanées, ou garder le silence. Cette notification doit figurer au procès-verbal.
Le silence constitue parfois la meilleure stratégie, notamment lorsque vous ignorez les éléments dont disposent les enquêteurs ou lorsque l'affaire présente une certaine complexité. Votre avocat vous conseillera sur l'opportunité d'user de ce droit selon les circonstances.
Ce que dit la loi : L'article préliminaire du Code de procédure pénale consacre le droit de se taire comme un droit fondamental de la personne suspectée. Ce droit s'applique dès le stade de l'enquête, que la personne soit gardée à vue ou entendue librement.
L'audition libre ne connaît pas de durée maximale fixée par la loi, mais elle doit rester raisonnable. Une audition qui se prolongerait pendant de nombreuses heures sans que vous puissiez partir s'apparenterait à une garde à vue déguisée. Dans la pratique, les auditions libres durent généralement quelques heures.
La garde à vue, en revanche, obéit à des délais stricts. Elle dure 24 heures, renouvelables une fois sur autorisation du procureur. Pour certaines infractions graves, elle peut être prolongée jusqu'à 96 heures, voire 144 heures en matière terroriste.
Les conditions matérielles diffèrent radicalement. En audition libre, vous conservez vos effets personnels, votre téléphone, et vous pouvez théoriquement interrompre l'audition pour passer un appel ou prendre l'air. En garde à vue, vous êtes fouillé, vos affaires sont placées dans un sac, et vous êtes enfermé dans une cellule entre les interrogatoires.
Certains droits n'existent qu'en garde à vue, précisément parce que la privation de liberté nécessite des garanties supplémentaires.
Le droit de faire prévenir un proche est propre à la garde à vue. Vous pouvez demander que votre famille, votre employeur ou toute personne de votre choix soit informée de votre situation. Ce droit peut toutefois être différé sur décision du procureur si les nécessités de l'enquête l'exigent.
Le droit à un examen médical est également garanti en garde à vue. Vous pouvez demander à être examiné par un médecin à tout moment de la mesure. Cet examen vérifie votre compatibilité avec le maintien en garde à vue et peut constater d'éventuelles blessures.
L'interprète est fourni gratuitement si vous ne parlez pas français, tant en garde à vue qu'en audition libre. Ce droit garantit que vous comprenez les questions posées et les droits qui vous sont notifiés.
Une audition libre peut se transformer en garde à vue si les enquêteurs estiment que la contrainte devient nécessaire. Ce basculement intervient généralement lorsque les déclarations du suspect ou les éléments de l'enquête révèlent une implication plus importante que prévu.
Si vous êtes placé en garde à vue après avoir été entendu librement, vos droits vous sont immédiatement notifiés et le décompte des 24 heures commence. Les déclarations faites pendant l'audition libre restent au dossier et peuvent être utilisées.
L'inverse est également possible mais plus rare. Une personne initialement placée en garde à vue peut être libérée avant le terme si les investigations révèlent que les soupçons étaient infondés ou si la contrainte n'apparaît plus nécessaire.
Que vous soyez convoqué pour une audition libre ou placé en garde à vue, l'assistance d'un avocat reste fondamentale. Les enjeux sont identiques : vos déclarations seront consignées et pourront être utilisées contre vous.
En audition libre, la tentation est grande de se passer d'avocat puisque la procédure semble moins grave. Cette perception est trompeuse. Les erreurs commises en audition libre sont tout aussi préjudiciables que celles commises en garde à vue. Une déclaration maladroite, une contradiction, un aveu partiel : tout sera versé au dossier.
L'avocat vous aide à comprendre la portée des questions posées et à formuler vos réponses de manière précise. Il identifie les pièges potentiels et vous conseille sur l'opportunité de garder le silence sur certains points. Sa présence vous protège également contre d'éventuelles pressions.
Si vous êtes convoqué pour une audition libre, vous avez le droit de demander un délai pour consulter un avocat avant de vous rendre au commissariat. Ce temps de préparation permet d'aborder l'audition sereinement et d'adopter la bonne stratégie dès le départ.
Peut-on refuser de se rendre à une convocation pour audition libre ?
Techniquement, l'audition libre repose sur votre accord. Si vous ne vous présentez pas, les enquêteurs ne peuvent pas vous contraindre physiquement à venir. Cependant, votre absence peut les conduire à demander votre placement en garde à vue lors d'une interpellation ultérieure. Il est généralement préférable de se présenter accompagné d'un avocat plutôt que de fuir une convocation, car cela pourrait être interprété défavorablement.
L'audition libre figure-t-elle au casier judiciaire ?
Non, ni l'audition libre ni la garde à vue n'apparaissent au casier judiciaire. Seules les condamnations définitives prononcées par un tribunal y sont inscrites. Une personne entendue librement ou gardée à vue peut très bien voir l'affaire classée sans suite ou bénéficier d'une relaxe, auquel cas aucune trace ne figurera à son casier.
Vaut-il mieux être en audition libre ou en garde à vue ?
L'audition libre est objectivement moins contraignante puisque vous conservez votre liberté. Cependant, elle ne doit pas être prise à la légère : les déclarations y ont la même valeur qu'en garde à vue. Certains avocats estiment même que la garde à vue offre davantage de garanties procédurales, notamment des délais stricts et des droits mieux encadrés. Dans tous les cas, c'est la présence de l'avocat et l'exercice de vos droits qui font la différence, quel que soit votre statut.



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