Indemnisation de la détention provisoire injustifiée : comment obtenir réparation ?
Relaxé après une détention provisoire ? Découvrez comment obtenir une indemnisation : conditions, délais, procédure et évaluation des préjudices. Guide complet.
Relaxé après une détention provisoire ? Découvrez comment obtenir une indemnisation : conditions, délais, procédure et évaluation des préjudices. Guide complet.

Vous avez passé des semaines, des mois, parfois des années en détention provisoire avant d'être finalement relaxé ou acquitté. Cette épreuve a bouleversé votre vie personnelle, professionnelle et familiale. La loi reconnaît le préjudice subi par les personnes détenues à tort et prévoit un mécanisme d'indemnisation. Obtenir réparation n'est toutefois pas automatique : il faut connaître les conditions, respecter les délais et constituer un dossier solide. Cet article vous guide dans les démarches pour faire valoir vos droits.
Réponse rapide : Toute personne ayant fait l'objet d'une détention provisoire terminée par une décision de relaxe, d'acquittement ou de non-lieu peut demander une indemnisation. La demande doit être adressée au premier président de la cour d'appel dans un délai de six mois suivant la décision définitive. L'indemnisation couvre les préjudices matériels et moraux subis.
Le droit à réparation est reconnu par la loi — L'article 149 du Code de procédure pénale ouvre un droit à indemnisation pour les détentions provisoires suivies d'une décision favorable.
Aucune faute de l'État n'est à démontrer — L'indemnisation est accordée de plein droit dès lors que les conditions sont remplies, sans avoir à prouver une erreur judiciaire.
Le délai de six mois est impératif — La demande doit être déposée dans les six mois suivant la décision devenue définitive, sous peine de forclusion.
L'avocat est indispensable — La procédure d'indemnisation nécessite de chiffrer précisément les préjudices et de constituer un dossier étayé par des justificatifs.
Le droit à indemnisation naît lorsque la détention provisoire se termine par une décision reconnaissant l'innocence de la personne ou mettant fin aux poursuites sans condamnation.
La relaxe prononcée par le tribunal correctionnel ouvre droit à indemnisation. Elle signifie que les faits reprochés ne sont pas établis ou ne constituent pas une infraction pénale. La personne relaxée après avoir été détenue peut demander réparation.
L'acquittement prononcé par la cour d'assises produit les mêmes effets. La personne déclarée non coupable par le jury après avoir été incarcérée pendant l'instruction et le procès peut prétendre à une indemnisation.
Le non-lieu met fin à l'information judiciaire sans renvoi devant une juridiction de jugement. Il intervient lorsque les charges sont insuffisantes, que les faits ne sont pas constitutifs d'une infraction ou que l'auteur n'est pas identifié avec certitude. La personne ayant bénéficié d'un non-lieu après une période de détention provisoire peut demander réparation.
Ce que dit la loi : L'article 149 du Code de procédure pénale dispose que la personne qui a fait l'objet d'une détention provisoire au cours d'une procédure terminée à son égard par une décision de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenue définitive a droit, à sa demande, à réparation intégrale du préjudice moral et matériel que lui a causé cette détention.
Certaines situations excluent le droit à indemnisation malgré l'issue favorable de la procédure.
La personne qui s'est librement et volontairement accusée ou laissé accuser à tort pour faire échapper l'auteur véritable aux poursuites ne peut prétendre à indemnisation. Cette exclusion sanctionne celui qui a sciemment induit la justice en erreur.
La détention provisoire intervenue pour des faits ayant donné lieu à une condamnation pour d'autres infractions dans la même procédure ou dans une procédure distincte peut être exclue ou réduite. Si la détention était justifiée par d'autres charges ayant abouti à une condamnation, l'indemnisation peut être refusée ou limitée.
La personne détenue en exécution d'une condamnation définitive qui obtient ensuite une révision de son procès relève d'un régime distinct, celui de l'indemnisation des erreurs judiciaires au sens strict.
L'indemnisation suppose que la décision favorable soit devenue définitive, c'est-à-dire qu'elle ne puisse plus faire l'objet d'un recours ordinaire.
La relaxe ou l'acquittement devient définitif à l'expiration du délai d'appel ou de pourvoi en cassation si aucun recours n'est exercé. Si un appel est formé puis abandonné, ou si la décision est confirmée en appel, elle devient définitive à ce moment.
Le non-lieu devient définitif lorsque le délai d'appel devant la chambre de l'instruction est expiré ou que l'appel a été rejeté.
Le point de départ du délai de six mois pour demander l'indemnisation court à compter du jour où la décision est devenue définitive. Il est donc essentiel de déterminer précisément cette date pour ne pas laisser passer le délai.
La demande d'indemnisation est portée devant le premier président de la cour d'appel dans le ressort de laquelle a été prononcée la décision de relaxe, d'acquittement ou de non-lieu.
Cette juridiction spécialisée statue en premier ressort sur les demandes d'indemnisation. Elle examine si les conditions sont réunies et évalue le montant des préjudices.
La décision du premier président peut faire l'objet d'un recours devant la commission nationale de réparation des détentions, juridiction placée auprès de la Cour de cassation. Ce recours permet de contester tant le principe de l'indemnisation que le montant accordé.
La procédure est contradictoire. L'agent judiciaire de l'État, qui représente les intérêts financiers de l'État, est partie à la procédure et peut contester la demande ou le montant réclamé.
La demande d'indemnisation doit être présentée dans un délai de six mois à compter du jour où la décision de relaxe, d'acquittement ou de non-lieu est devenue définitive.
Ce délai est un délai de forclusion : son expiration prive définitivement le demandeur de tout droit à indemnisation. Aucun relevé de forclusion n'est possible, même pour des motifs légitimes.
Le délai commence à courir non pas à la date de la décision elle-même, mais à la date où elle devient définitive. Pour une relaxe prononcée le 1er mars et devenue définitive le 11 mars après expiration du délai d'appel, le délai de six mois court à compter du 11 mars.
Cette exigence de délai impose une grande vigilance. Dès l'issue favorable de la procédure, il convient de consulter un avocat pour engager les démarches d'indemnisation sans tarder.
Ce que dit la loi : L'article 149-2 du Code de procédure pénale fixe le délai de six mois pour présenter la demande d'indemnisation, à peine de forclusion.
La demande d'indemnisation prend la forme d'une requête adressée au premier président de la cour d'appel. Elle doit exposer les circonstances de la détention et chiffrer les préjudices réclamés.
La requête mentionne l'identité du demandeur, les références de la procédure pénale, la durée exacte de la détention provisoire et la décision favorable intervenue. Elle précise la date à laquelle cette décision est devenue définitive.
Le chiffrage des préjudices constitue l'élément central de la demande. Il distingue le préjudice matériel, correspondant aux pertes financières subies, et le préjudice moral, correspondant à la souffrance psychologique endurée.
Des pièces justificatives sont jointes à la requête : copie de la décision de relaxe ou d'acquittement, justificatifs des préjudices allégués, attestations diverses. La solidité du dossier conditionne largement le montant de l'indemnisation obtenue.
Le préjudice matériel correspond aux pertes financières directement causées par la détention provisoire. Il doit être prouvé par des justificatifs précis.
La perte de revenus constitue souvent le poste principal. Si vous avez perdu votre emploi en raison de l'incarcération, vous pouvez réclamer les salaires dont vous avez été privé pendant la détention et, le cas échéant, pendant la période de recherche d'emploi ultérieure.
La perte de clientèle ou de chiffre d'affaires concerne les travailleurs indépendants et les chefs d'entreprise. La fermeture forcée d'un commerce ou l'impossibilité d'exercer une activité libérale génère des pertes qui peuvent être indemnisées.
Les frais exposés pour la défense pénale peuvent être inclus dans la demande. Les honoraires d'avocat, les frais d'expertise et les autres dépenses engagées pour obtenir la décision favorable constituent un préjudice indemnisable.
Les conséquences patrimoniales diverses sont également prises en compte : perte d'un logement faute de pouvoir payer le loyer, saisie de biens, frais de garde d'enfants, rupture de contrats en cours.
Le préjudice moral répare la souffrance psychologique causée par l'incarcération injustifiée. Il est apprécié de manière forfaitaire, en fonction de la durée de détention et des circonstances particulières.
La commission nationale de réparation des détentions a établi des barèmes indicatifs pour l'indemnisation du préjudice moral. Ces montants varient selon la durée de détention mais ne constituent pas des références absolues : chaque situation est appréciée individuellement.
Les circonstances aggravantes peuvent majorer l'indemnisation : conditions de détention particulièrement difficiles, retentissement médiatique de l'affaire, atteinte à la réputation professionnelle, répercussions sur la vie familiale.
Les circonstances personnelles du demandeur sont prises en compte : âge au moment de la détention, état de santé, situation familiale, vulnérabilité particulière. Une détention de même durée n'affecte pas de la même manière toutes les personnes.
Le préjudice moral des proches n'est pas indemnisé dans le cadre de cette procédure. Seule la personne ayant été détenue peut demander réparation de son propre préjudice.
La jurisprudence de la commission nationale de réparation des détentions permet de dégager des ordres de grandeur pour l'indemnisation du préjudice moral, sans que ces montants soient contraignants.
Pour les détentions de courte durée, de quelques jours à quelques semaines, l'indemnisation du préjudice moral se situe généralement entre quelques centaines et quelques milliers d'euros. L'impact psychologique est reconnu même pour des incarcérations brèves.
Pour les détentions de plusieurs mois, les montants augmentent significativement. Une détention de six mois à un an peut donner lieu à une indemnisation de plusieurs dizaines de milliers d'euros au titre du préjudice moral.
Pour les détentions de plusieurs années, l'indemnisation peut atteindre des montants très importants, parfois plusieurs centaines de milliers d'euros pour les incarcérations les plus longues et les circonstances les plus préjudiciables.
Ces montants indicatifs s'ajoutent à l'indemnisation du préjudice matériel, qui dépend entièrement des justificatifs produits et peut représenter des sommes considérables en cas de perte d'emploi ou de destruction d'une activité professionnelle.
L'agent judiciaire de l'État est le représentant du ministère de l'Économie chargé de défendre les intérêts financiers de l'État dans les procédures d'indemnisation.
Il est partie à la procédure d'indemnisation et peut contester tant le principe du droit à réparation que le montant des préjudices réclamés. Il vérifie que les conditions légales sont remplies et examine les justificatifs produits.
L'agent judiciaire de l'État peut proposer une transaction avant toute décision juridictionnelle. Cette proposition permet parfois d'obtenir une indemnisation rapide sans attendre l'issue de la procédure contentieuse.
Si aucun accord n'est trouvé, l'agent judiciaire de l'État présente ses observations devant le premier président ou la commission nationale. Il peut contester le lien de causalité entre la détention et certains préjudices allégués, ou proposer des montants inférieurs à ceux réclamés.
Par principe, les débats devant le premier président de la cour d'appel ont lieu en chambre du conseil, c'est-à-dire hors la présence du public.
Toutefois, le demandeur peut demander que les débats se tiennent en audience publique. Cette option peut être choisie lorsque la personne souhaite que son innocence soit reconnue publiquement ou que les circonstances de sa détention injustifiée soient exposées au grand jour.
La publicité des débats peut également servir une stratégie médiatique, notamment dans les affaires ayant connu un retentissement important. Elle permet de restaurer publiquement l'honneur d'une personne dont la réputation a été atteinte par les accusations et l'incarcération.
Le choix entre audience publique et chambre du conseil dépend des circonstances de chaque affaire et des objectifs du demandeur, au-delà de la seule question financière.
La décision du premier président de la cour d'appel peut faire l'objet d'un recours devant la commission nationale de réparation des détentions dans un délai de dix jours.
Ce recours est ouvert tant au demandeur qu'à l'agent judiciaire de l'État. Le demandeur peut contester un refus d'indemnisation ou un montant qu'il estime insuffisant. L'État peut contester le principe de l'indemnisation ou demander une réduction du montant accordé.
La commission nationale de réparation des détentions statue en dernier ressort. Sa décision n'est susceptible que d'un pourvoi en cassation, limité aux questions de droit.
Les décisions de la commission nationale contribuent à harmoniser la jurisprudence en matière d'indemnisation et à établir des références pour l'évaluation des préjudices.
L'indemnisation est-elle automatique après une relaxe ?
Non, l'indemnisation n'est pas automatique : elle doit être demandée. Vous devez déposer une requête devant le premier président de la cour d'appel dans le délai de six mois. Sans cette démarche active de votre part, aucune indemnisation ne vous sera versée. En revanche, si vous déposez une demande et que les conditions sont réunies, l'indemnisation est accordée de plein droit sans avoir à démontrer une faute de l'État.
Peut-on être indemnisé si on a été partiellement condamné ?
La situation est plus complexe lorsque la procédure aboutit à une condamnation pour certains faits et une relaxe pour d'autres. Si la détention provisoire était justifiée par les faits ayant donné lieu à condamnation, l'indemnisation peut être refusée ou réduite. En revanche, si la détention excédait ce qui était nécessaire pour les seuls faits ayant abouti à une condamnation, une indemnisation partielle peut être accordée. Chaque situation est examinée au cas par cas.
Combien de temps dure la procédure d'indemnisation ?
La durée varie selon la complexité du dossier et l'encombrement des juridictions. Devant le premier président de la cour d'appel, comptez généralement plusieurs mois entre le dépôt de la requête et la décision. Si un recours est formé devant la commission nationale de réparation des détentions, ajoutez plusieurs mois supplémentaires. Une transaction avec l'agent judiciaire de l'État peut permettre d'obtenir une indemnisation plus rapide si un accord est trouvé sur le montant.



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