Les violences conjugales sont devenues l'une des causes les plus fréquentes de comparution immédiate en France. La politique pénale en la matière privilégie une réponse rapide et ferme : arrestation, garde à vue, déferrement et jugement dans la même journée ou presque. Cette accélération de la procédure laisse peu de temps pour préparer sa défense. Voici ce que vous devez savoir si vous êtes poursuivi pour violences sur conjoint en comparution immédiate.
Réponse rapide : La comparution immédiate pour violences conjugales entraîne généralement une interdiction d'entrer en contact avec la victime et une éviction du domicile, que ce soit dans le cadre du contrôle judiciaire ou de la condamnation. Les peines varient de l'emprisonnement avec sursis au mandat de dépôt selon la gravité des faits, les antécédents et les circonstances. Un avocat pénaliste est indispensable pour défendre vos droits tout en respectant la protection de la victime.
Le cadre juridique des violences conjugales
Les infractions concernées
Les violences conjugales recouvrent un large éventail d'infractions dont la gravité détermine la peine encourue et la procédure applicable.
Les violences volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours sont punies de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises par le conjoint, le concubin ou le partenaire lié par un PACS. La circonstance aggravante liée à la qualité de conjoint double les peines par rapport aux violences de droit commun.
Les violences ayant entraîné une ITT supérieure à huit jours sont punies de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende avec la circonstance aggravante de conjoint. Ces faits justifient quasi systématiquement le recours à la comparution immédiate.
Les menaces de mort sur conjoint constituent un délit puni de trois ans d'emprisonnement. Le harcèlement moral au sein du couple est puni de trois à dix ans d'emprisonnement selon les conséquences sur la victime.
Ce que dit la loi : Les articles 222-11 à 222-13 du Code pénal, combinés avec l'article 132-80, prévoient une aggravation systématique des peines lorsque les violences sont commises par le conjoint, le concubin ou le partenaire pacsé, y compris après la séparation.
La politique pénale actuelle
Depuis les Grenelle des violences conjugales et les réformes successives, la politique pénale en matière de violences intrafamiliales s'est considérablement durcie.
Le dépôt de plainte déclenche quasi systématiquement une enquête immédiate avec interpellation du mis en cause. La garde à vue est la règle, même pour des faits de faible gravité. Le déferrement en comparution immédiate est privilégié pour apporter une réponse rapide.
Les mesures d'éloignement sont systématiquement requises : interdiction de contact avec la victime, éviction du domicile conjugal, obligation de soins. Le bracelet anti-rapprochement peut être demandé dans les cas les plus graves.
Les spécificités de la procédure
L'éviction du domicile conjugal
L'une des premières mesures prises dans les affaires de violences conjugales est l'éviction du mis en cause du domicile conjugal. Cette mesure peut intervenir à tous les stades de la procédure.
Dès la garde à vue, le procureur peut ordonner une mesure d'éloignement interdisant au mis en cause de retourner au domicile conjugal. Cette interdiction est généralement maintenue dans le cadre du contrôle judiciaire si un renvoi est demandé, puis confirmée par le tribunal lors du jugement.
L'éviction du domicile pose des problèmes pratiques considérables : où se loger, comment récupérer ses affaires personnelles, comment exercer son droit de visite sur les enfants. Votre avocat peut demander au juge d'organiser la récupération de vos effets personnels et de fixer les modalités de contact avec les enfants.
L'ordonnance de protection
En parallèle de la procédure pénale, la victime peut demander une ordonnance de protection au juge aux affaires familiales. Cette procédure civile complète la réponse pénale et peut imposer des mesures supplémentaires.
L'ordonnance de protection peut attribuer la jouissance du domicile conjugal à la victime, fixer les modalités d'exercice de l'autorité parentale, interdire au mis en cause de détenir une arme et organiser la protection de la victime et des enfants.
Les stratégies de défense
Contester les faits
La contestation des faits est possible lorsque les éléments de preuve sont insuffisants ou contradictoires.
Dans de nombreuses affaires de violences conjugales, les preuves reposent essentiellement sur la parole de la victime. L'absence de certificat médical, de témoignages extérieurs ou de traces visibles de violences peut être invoquée pour contester la matérialité des faits.
La légitime défense peut être invoquée lorsque les violences ont été exercées en réponse à une agression de la part du conjoint. Cette défense suppose de démontrer que la riposte était proportionnée et immédiate.
Le contexte de la dispute peut être invoqué pour obtenir une requalification des faits ou une appréciation plus nuancée de la situation, sans pour autant minimiser la gravité des violences.
Plaider la modération de la peine
Lorsque les faits sont établis, la stratégie de défense s'oriente vers l'obtention de la peine la plus adaptée.
L'engagement dans des soins, particulièrement pour les problématiques d'alcool ou de gestion de la colère, constitue un argument fort. Si vous avez déjà entamé un suivi psychologique ou une prise en charge médicale, faites-le savoir au tribunal.
L'acceptation de l'éloignement et le respect des mesures déjà prises démontrent votre prise de conscience. Le fait de ne pas avoir cherché à contacter la victime pendant la garde à vue ou après votre libération est un élément favorable.
L'absence d'antécédents en matière de violences, votre insertion professionnelle et votre rôle parental sont des éléments que votre avocat mettra en avant pour plaider une alternative à l'incarcération.
Les peines généralement prononcées
Les peines prononcées en comparution immédiate pour violences conjugales varient considérablement selon les circonstances.
Pour un primo-délinquant avec des violences de faible gravité, le tribunal prononce généralement un emprisonnement avec sursis assorti d'obligations : obligation de soins, interdiction de contact avec la victime, éviction du domicile. Un stage de responsabilisation pour la prévention des violences au sein du couple peut également être ordonné.
Pour des violences répétées, des faits graves ou en cas d'antécédents, un mandat de dépôt est fréquemment prononcé. La peine d'emprisonnement ferme peut aller de quelques mois à plusieurs années selon la gravité des faits.
Le sursis probatoire est de plus en plus utilisé pour encadrer le condamné après sa libération : obligation de soins, interdiction de contact, obligation de travail. Le non-respect de ces obligations entraîne la révocation du sursis et l'incarcération.
Que faire concrètement ?
- Contactez un avocat pénaliste dès la garde à vue — Les affaires de violences conjugales nécessitent une défense spécifique tenant compte de la sensibilité du sujet et de la politique pénale actuelle.
- Ne tentez aucun contact avec la victime — Toute tentative de contact sera interprétée comme une pression et aggravera considérablement votre situation.
- Préparez une solution d'hébergement alternative — L'éviction du domicile est quasi systématique. Préparez une solution crédible chez un proche ou dans un hébergement d'urgence.
- Engagez-vous dans des soins immédiatement — Prise de rendez-vous chez un psychologue, contact avec un centre d'addictologie si l'alcool est en cause : ces démarches rapides démontrent votre prise de conscience.
- Évaluez avec votre avocat l'intérêt du renvoi — Demander un délai permet de préparer un dossier complet mais expose au risque de détention provisoire.
FAQ
Mon conjoint peut-il retirer sa plainte ?
Le retrait de plainte est possible mais n'entraîne pas nécessairement l'arrêt des poursuites. Le procureur de la République peut décider de maintenir les poursuites malgré le retrait de plainte, ce qui est de plus en plus fréquent en matière de violences conjugales. Les preuves recueillies pendant l'enquête suffisent souvent à fonder une condamnation même sans le témoignage de la victime.
Puis-je voir mes enfants pendant la procédure ?
L'interdiction de contact avec la victime n'entraîne pas automatiquement l'interdiction de voir vos enfants. Toutefois, l'exercice du droit de visite peut être compliqué par l'éloignement du domicile conjugal. Votre avocat peut demander au juge de fixer des modalités de visite précises, éventuellement dans un lieu neutre. Le juge aux affaires familiales peut également être saisi pour organiser l'exercice de l'autorité parentale.
La réconciliation avec mon conjoint change-t-elle la procédure ?
La réconciliation entre les conjoints ne met pas fin aux poursuites pénales. Le procureur peut maintenir la comparution immédiate même si le couple s'est réconcilié. Toutefois, la réconciliation peut influencer la décision du tribunal sur la peine. Le témoignage de la victime en faveur du prévenu et la démonstration d'un suivi de couple peuvent conduire à une peine plus clémente.
Qu'est-ce que le bracelet anti-rapprochement ?
Le bracelet anti-rapprochement est un dispositif électronique qui déclenche une alerte lorsque le porteur s'approche à moins d'une distance définie de la victime, également équipée d'un boîtier. Il peut être imposé dans le cadre du contrôle judiciaire, du sursis probatoire ou de l'aménagement de peine. Le non-respect de la distance constitue une violation des obligations et peut entraîner l'incarcération immédiate.