Détention provisoire et comparution immédiate : que se passe-t-il après le déferrement ?
Détention provisoire et comparution immédiate : procédure après le déferrement, droit de demander un délai, incidence sur la détention et stratégies de défense.
Détention provisoire et comparution immédiate : procédure après le déferrement, droit de demander un délai, incidence sur la détention et stratégies de défense.

Vous venez d'être déféré devant le procureur de la République qui décide de vous poursuivre en comparution immédiate. Tout va très vite : vous risquez d'être jugé le jour même ou dans les jours qui suivent. Si vous demandez un délai pour préparer votre défense, le juge des libertés et de la détention peut ordonner votre placement en détention provisoire en attendant le procès. Comprendre cette procédure est essentiel pour défendre vos droits efficacement. Cet article vous explique ce qui se passe après le déferrement et comment réagir face à la comparution immédiate.
Réponse rapide : Après le déferrement, le procureur peut décider de vous juger en comparution immédiate, c'est-à-dire le jour même. Vous avez le droit de demander un délai de préparation, auquel cas le procès est renvoyé dans un délai de deux à six semaines. Pendant ce délai, le juge des libertés et de la détention décide si vous restez libre ou si vous êtes placé en détention provisoire jusqu'au procès.
La comparution immédiate est réservée aux délits punis de deux à dix ans d'emprisonnement — Les contraventions et les crimes ne peuvent être jugés par cette voie. Certains délits punis d'au moins six mois peuvent également faire l'objet d'une comparution immédiate en cas de flagrant délit.
Vous avez toujours le droit de demander un délai — Personne ne peut vous obliger à être jugé le jour même. Ce droit est absolu et ne peut être refusé par le tribunal.
Le délai de renvoi est de deux à six semaines — L'audience ne peut être fixée moins de deux semaines ni plus de six semaines après la comparution initiale.
La détention provisoire pendant le délai n'est pas automatique — Le juge des libertés et de la détention peut ordonner le contrôle judiciaire ou la mise en liberté comme alternative à l'incarcération.
Le déferrement désigne la présentation de la personne gardée à vue devant le procureur de la République à l'issue de la garde à vue. Ce moment clé détermine la suite de la procédure pénale.
Le procureur examine le dossier d'enquête et décide de l'orientation de l'affaire. Il dispose de plusieurs options : le classement sans suite, le rappel à la loi, la convocation devant le tribunal à une date ultérieure, l'ouverture d'une information judiciaire ou la comparution immédiate.
La comparution immédiate est choisie lorsque le procureur estime que l'affaire est en état d'être jugée immédiatement, sans nécessité d'investigations supplémentaires. Les preuves sont considérées comme suffisantes et la peine encourue justifie une réponse pénale rapide.
La comparution immédiate est encadrée par des conditions strictes définies par les articles 395 à 397-7 du Code de procédure pénale.
L'infraction poursuivie doit être un délit puni d'au moins deux ans d'emprisonnement, ou d'au moins six mois en cas de flagrant délit. Les contraventions et les crimes sont exclus de cette procédure.
L'affaire doit être en état d'être jugée : les preuves doivent être réunies et l'enquête suffisamment complète pour permettre un jugement immédiat. Si des investigations complémentaires sont nécessaires, le procureur doit choisir une autre voie procédurale.
Les mineurs ne peuvent pas être jugés en comparution immédiate. Le Code de la justice pénale des mineurs prévoit des procédures spécifiques adaptées à leur situation.
Ce que dit la loi : L'article 395 du Code de procédure pénale pose les conditions de la comparution immédiate et précise les catégories de délits pour lesquels cette procédure est applicable.
La personne présentée devant le tribunal en comparution immédiate dispose d'un droit absolu de demander un délai pour préparer sa défense. Ce droit ne peut être refusé par le tribunal et constitue une garantie fondamentale des droits de la défense.
Le président du tribunal informe le prévenu de ce droit dès le début de l'audience. Si le prévenu n'est pas assisté d'un avocat, un avocat commis d'office est désigné pour l'assister et le conseiller sur l'opportunité de demander un renvoi.
En pratique, demander un délai est presque toujours recommandé. Accepter d'être jugé immédiatement après une garde à vue signifie renoncer au temps nécessaire pour préparer une défense efficace : réunir des attestations, obtenir des documents justificatifs, consulter pleinement le dossier avec son avocat.
Lorsque le prévenu demande un délai, le tribunal renvoie l'affaire à une audience qui doit se tenir dans un délai compris entre deux semaines et six semaines.
Le délai minimum de deux semaines garantit au prévenu un temps suffisant pour organiser sa défense. Il peut consulter intégralement le dossier de la procédure, réunir des pièces justificatives, contacter des témoins et préparer sa stratégie avec son avocat.
Le délai maximum de six semaines évite que le renvoi ne se transforme en attente prolongée, particulièrement préjudiciable si le prévenu est placé en détention provisoire dans l'intervalle.
Le tribunal fixe la date de l'audience de renvoi en tenant compte du rôle d'audience et de la disponibilité des parties. En pratique, le renvoi intervient généralement entre trois et quatre semaines après la comparution initiale.
Lorsque le prévenu demande un délai de préparation, le tribunal ne peut pas décider de son sort jusqu'au procès. C'est le juge des libertés et de la détention qui statue sur le placement éventuel en détention provisoire.
Le juge des libertés et de la détention tient un débat contradictoire au cours duquel le prévenu et son avocat peuvent présenter des observations. Ce débat porte exclusivement sur la question de la détention et non sur la culpabilité.
Le juge applique les critères habituels de la détention provisoire prévus par l'article 144 du Code de procédure pénale : risque de fuite, risque de pression sur les témoins, risque de réitération, préservation de l'ordre public, nécessité de garantir la représentation du prévenu.
Le juge des libertés et de la détention n'est pas tenu d'ordonner la détention provisoire. Plusieurs alternatives peuvent être prononcées.
Le contrôle judiciaire constitue l'alternative la plus fréquente. Le prévenu est remis en liberté sous conditions : obligation de pointer au commissariat, interdiction de quitter le territoire, interdiction de contact avec les victimes, remise du passeport. Ces obligations assurent sa présence à l'audience de renvoi.
L'assignation à résidence avec surveillance électronique offre un niveau de contrôle supérieur au contrôle judiciaire simple. Le prévenu doit rester à son domicile selon des horaires définis et porte un bracelet électronique.
La mise en liberté pure et simple reste possible lorsque les garanties de représentation sont suffisantes et qu'aucun des motifs de détention n'est caractérisé.
Lorsque le juge des libertés et de la détention ordonne le placement en détention provisoire, cette détention est limitée dans le temps.
La détention provisoire ordonnée dans le cadre de la comparution immédiate ne peut excéder la durée du renvoi fixé par le tribunal, soit six semaines au maximum. Si l'audience de renvoi ne se tient pas dans ce délai, le prévenu est remis en liberté d'office.
La décision de placement en détention provisoire peut être contestée par appel devant la chambre de l'instruction dans les mêmes conditions que toute décision de détention provisoire. Le référé-liberté est également possible et particulièrement pertinent compte tenu de la brièveté de la période concernée.
Ce que dit la loi : L'article 396 du Code de procédure pénale prévoit que lorsque le prévenu demande un délai pour préparer sa défense, le juge des libertés et de la détention peut ordonner le placement en détention provisoire jusqu'à l'audience de renvoi.
Le choix entre accepter d'être jugé immédiatement et demander un délai constitue la première décision stratégique majeure.
Accepter le jugement immédiat peut être envisagé lorsque les faits sont reconnus, que le dossier est simple et que le prévenu souhaite tourner la page rapidement. Cette option évite le risque d'un placement en détention provisoire pendant le délai de renvoi.
Demander un délai est recommandé dans la plupart des cas. Il permet de préparer une défense complète, de réunir des éléments favorables et de contester les accusations dans de meilleures conditions. Le risque est cependant d'être placé en détention provisoire pendant le délai.
L'avocat évalue cette alternative en tenant compte de la gravité des faits, de la solidité du dossier d'accusation, du profil du prévenu et de ses garanties de représentation. Une discussion approfondie avec le client est indispensable avant de prendre cette décision.
Si le délai de préparation est demandé, le débat devant le juge des libertés et de la détention suit immédiatement. L'avocat doit être prêt à plaider contre le placement en détention provisoire.
Les garanties de représentation doivent être mises en avant : domicile fixe, emploi stable, attaches familiales, absence d'antécédents judiciaires. Plus ces garanties sont documentées, plus elles sont convaincantes.
Les alternatives à la détention doivent être proposées concrètement. Un contrôle judiciaire renforcé avec des obligations adaptées à la situation peut satisfaire les objectifs de la détention sans nécessiter l'incarcération.
La proportionnalité de la détention doit être contestée au regard de la durée prévisible de la peine. Si le délit reproché est susceptible de donner lieu à un sursis ou à une peine aménagée, la détention provisoire apparaît disproportionnée.
L'audience de renvoi se déroule comme une audience correctionnelle classique. Le tribunal examine le dossier, entend le prévenu et les témoins, écoute les réquisitions du procureur et les plaidoiries de la défense.
Le prévenu détenu provisoirement est extrait de son établissement pénitentiaire pour assister à l'audience. Il comparaît libre à l'audience et n'est pas présenté menotté devant les juges.
Le tribunal peut prononcer une peine d'emprisonnement ferme, une peine avec sursis, un aménagement de peine, ou relaxer le prévenu. Si le prévenu est détenu et que le tribunal prononce une relaxe ou une peine n'impliquant pas d'incarcération, il est immédiatement libéré.
Si le tribunal prononce un mandat de dépôt, le prévenu est incarcéré en exécution de la peine. La détention provisoire déjà effectuée est intégralement déduite de la durée de la peine.
Peut-on refuser la comparution immédiate ?
Vous ne pouvez pas refuser d'être présenté devant le tribunal en comparution immédiate, mais vous avez le droit absolu de demander un délai pour préparer votre défense. Ce droit ne peut être refusé par le tribunal. En demandant un délai, vous obtenez un renvoi de l'audience entre deux et six semaines, ce qui vous laisse le temps de préparer votre défense dans de meilleures conditions.
Combien de temps peut durer la détention provisoire en comparution immédiate ?
La détention provisoire ordonnée dans le cadre d'une comparution immédiate est limitée à la durée du renvoi, soit six semaines au maximum. Si l'audience de renvoi ne se tient pas dans ce délai, le prévenu est remis en liberté d'office. Cette durée est considérablement plus courte que les plafonds applicables dans le cadre d'une information judiciaire.
Vaut-il mieux être jugé immédiatement ou demander un délai ?
Il n'existe pas de réponse universelle. Être jugé immédiatement évite le risque de détention provisoire mais prive d'une préparation adéquate. Demander un délai permet de mieux se défendre mais expose au risque d'incarcération en attendant le procès. Votre avocat vous conseillera en fonction des spécificités de votre affaire : gravité des faits, solidité des preuves, antécédents, garanties de représentation. Dans la majorité des cas, demander un délai est préférable.
La détention provisoire est-elle déduite de la peine ?
Oui. Si le tribunal prononce une peine d'emprisonnement ferme, la durée de la détention provisoire déjà effectuée est intégralement déduite. Par exemple, si vous avez passé quatre semaines en détention provisoire et que le tribunal prononce six mois d'emprisonnement ferme, il vous reste environ cinq mois à purger. Cette déduction est automatique et s'applique sans aucune démarche particulière.



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